MYSTERES du RESSENTI

 

Mystères du ressenti

 

Demain matin , à Brest, la température sera de moins 2. Mais, au niveau du ressenti, il sera moins 11.

 

Voilà ce qu'on peut entendre dans les bulletins météo et voilà ce qui me laisse rêveur. C'est le mot "ressenti" qui me chiffonne. Comment peut-on chiffrer du senti, de l'intime, du vécu ? On est dans la qualité, pas dans la quantité et cela diffère chez chacun.

 

Il y a un écart entre le subjectif et l'objectif qu'on retrouve partout. Prenez les statistiques. Elles vous disent par exemple : le niveau de vie augmente, la solidarité prospère, la conjoncture se débouche, et vous vous dites : je ne sens rien de tel. Plus grave : votre médecin, qui regarde la radio que vous lui apportez, s'écrie : "vous avez un grand problème" Et vous : "Mais, docteur, je me sens très bien ! " Ou au contraire : "je souffre, docteur ! " Et lui : "je ne vois rien ! " tragique malentendu.

 

Parfois les gens qui consultent votre carte vitale ou votre carte d'identité ont le culot de vous dire : "A votre âge...." Et vous avez envie de répondre : " lequel ? Je ne vous permets pas d'en décider à ma place, cela ne regarde que moi !"

 

Hier, au supermarché, j'aperçois Mangeard. Je vous dirai une autre fois pourquoi je ne l'aime pas, cela remonte à notre service militaire commun : il était plus gradé que moi et il me faisait des histoires. Pendant qu'il était occupé à palabrer avec un vendeur, je lui dérobe son caddie et je subtilise le paquet de nouilles qu'il contenait. Je m'éloigne et j'observe. Quand il comprend que son chariot a disparu, il s'agite, il s'énerve, il crie, il invective tout autour ...... je m'éloigne content de mon coup. Mon âge ressenti d'alors : 10 à 12 ans...

 

Mais c'est fragile, le ressenti. Le soir même, je me laisse aller à regarder la télévision. Je vois et j'écoute des journalistes, des envoyés spéciaux, des politologues, des sondeurs, des experts, des économistes, qui commentent à qui mieux mieux l'actualité politique. Tout et son contraire ! J'en sors très accablé et je reprends une bonne cinquantaine d'années, sinon plus. Ressenti : 80 ans !

 

Mais, bonheur, ce matin, j'ouvre ma fenêtre : un air de printemps m'emplit les poumons, j'aperçois un cerisier en fleurs. Ressenti : 0 jour, je nais, je viens au monde que parfume le lilas et où chante la tourterelle....

 

Georges Levesque, Ecrivain philosophe

Journal : le Chêne Vert

 

Écrire commentaire

Commentaires : 0